lundi 5 octobre 2026

Episode 2 : Un chat, un tracteur et la guerre de Sécession



Cette semaine, j’ai découvert que la musique indépendante constituait un moyen de transport extrêmement peu réglementé.

Tout a commencé avec un chat australien vivant en Allemagne.

Enfin, avec un groupe portant le nom d’un chat australien vivant en Allemagne, ce qui est déjà beaucoup d’informations pour quelqu’un qui vient d’allumer son ordinateur.

Le chat avait disparu pendant vingt ans avant de revenir avec une passion préoccupante pour les instruments électriques et les prises de courant.

Je n’ai pas très bien compris ce qu’il avait fait pendant ces vingt années. Une formation d’électricien, peut-être. Une cavale. Le morceau ne le précisait pas.

En revanche, le rock était excellent.

J’ai donc validé le chat en espérant que les normes électriques allemandes soient à la hauteur.

Quelques jours plus tard, la France m’a envoyée directement en 1863.

À l’origine, c’était pourtant simple : une reprise de Tainted Love.

Puis quelqu’un a sorti un banjo.

Trois accords plus tard, j’avais quitté les années 80, Soft Cell et le Royaume-Uni. J’étais en pleine guerre de Sécession avec une chanson synth-pop, deux chanteurs et probablement un cheval attaché quelque part hors champ.

Le plus inquiétant, c’est que ça marchait.

J’ai donc trouvé une radio prête à accueillir cette improbable incursion de Soft Cell dans la guerre de Sécession, et j’ai quitté les lieux avant que quelqu’un ne sorte un deuxième banjo.

Je pensais avoir vécu le principal incident géopolitique de la semaine.

Puis un Américain m’a raconté son rêve.

Il était roi d’un royaume dans lequel il se comportait en tyran. Pour le réveiller, ses sujets devaient réussir à lui faire voir ses propres yeux.

Une fois ses yeux aperçus, le roi se réveillait.

Et son royaume était détruit.

J’ai relu le résumé plusieurs fois avant d’accepter cette information comme faisant désormais partie de ma journée professionnelle.

J’ignore pourquoi les yeux du roi détruisent le royaume. J’ignore également comment on fait voir ses propres yeux à un tyran endormi. J’imagine qu’un miroir intervient à un moment donné, mais personne ne m’a fourni le protocole.

Le morceau était bon.

J’ai validé.

Je précise donc qu’à ce stade de ma carrière, je suis capable de refuser une chanson d’amour mais d’accepter sans difficulté un souverain dont les globes oculaires présentent un risque pour la sécurité nationale.

Et puis l’intelligence artificielle a découvert l’agriculture française.

La chanson a commencé à l’accordéon.

Il a ensuite été question de pain, de vin, de terre et de paniers qu’il fallait remplir sans oublier ceux qui avaient planté ce qu’on mettait dedans.

J’attendais le tracteur.

Le tracteur est arrivé.

J’ai crié « Bingo agricole » dans mon salon.

Personne n’a gagné de jambon.

J’aurais pu croire à un accident isolé, mais peu après, une autre chanson générée avec l’aide de l’IA m’a annoncé que « toi et moi, c’est le feeling country ».

Cette fois, j’ai immédiatement vu la salle des fêtes.

La sono municipale. Les bottes de paille. La buvette. Une chanteuse pop des années 90 inexplicablement engagée pour la soirée. Le conseiller municipal chargé de l’animation qui cherche une rallonge parce que la friteuse et les enceintes sont branchées sur la même prise.

J’ai soudain pensé au chat australien.

Lui aurait su quoi faire.

J’ai alors compris que tout était lié.

Bilan de l’expédition

Un chat électricien, la guerre de Sécession, un roi qu’il vaut mieux ne pas regarder dans les yeux et une intelligence artificielle désormais titulaire d’un CAP agricole.

Je ne sais pas exactement ce que je fais dans la vie.

Mais cette semaine, j’ai refusé un tracteur.

Professionnellement.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire