dimanche 18 octobre 2026

Episode 4: MacGyver, une quiche et un violon en cavale

 



Chaque semaine, des artistes du monde entier nous adressent leurs morceaux promotionnels dans l'espoir d'obtenir une diffusion radio.

Mon travail consiste à les écouter, à décider lesquels seront programmés et à justifier mes choix.

Cette semaine, j'ai demandé une prime de risque.

La direction m'a répondu que les hallucinations musicales n'étaient pas reconnues comme maladie professionnelle.

J'ai donc repris les écoutes.

DOSSIER N° 1 — MACGYVER CONTRE FR3 LIMOGES

Dès les premières notes, nous sommes téléportés en 1987, dans les studios de FR3 Limoges, où un technicien tente d'enregistrer le générique d'un dessin animé avec un synthétiseur Casio et le budget annuel des espaces verts.

L'ambiance évoque Denver, le dernier dinosaure, produit par MacGyver un dimanche après-midi.

Selon nos investigations, l'enregistrement aurait nécessité trois trombones, une antenne râteau, une pile de 9 volts et un reste de gratin dauphinois.

Un collègue tente de rembobiner le MP3 avec un crayon Bic.

Le service informatique signale que notre serveur diffuse désormais La Classe avec Fabrice.

MacGyver est convoqué comme expert. Il propose de moderniser l'ensemble avec un élastique et une boîte de sardines.

Nous lui expliquons que nous sommes en 2026.

Il demande des nouvelles de l'URSS.

Décision : REFUSÉ. Le Bureau estime qu'une diffusion pourrait provoquer une réouverture accidentelle du Minitel. Le ministère de la Transition numérique refuse d'en assumer les conséquences.

DOSSIER N° 2 — LE DRAME DE LA QUICHE

Un individu pose en chanson une question sexuelle particulièrement directe.

Son interlocutrice répond qu'elle a fait une quiche.

Le Bureau comprend immédiatement qu'il est confronté à un conflit majeur entre pulsion charnelle et cuisine familiale.

Une cellule de crise est constituée.

Le ministère de l'Intérieur recommande le dialogue. Celui de l'Agriculture préconise de préchauffer le four.

Un médiateur conjugal propose de couper la poire en deux.

Personne ne comprend ce que vient faire une poire dans une quiche.

Une négociation s'engage sur la possibilité d'un rapprochement physique pendant le préchauffage.

Le syndicat des boulangers dénonce une concurrence déloyale.

La situation dégénère lorsqu'un agent demande s'il y a des lardons.

Le préfet déclenche le plan ORSEC.

Décision : ACCEPTÉ. Le Bureau considère que cette œuvre mérite une diffusion publique, à condition que les auditeurs soient prévenus qu'aucune quiche ne sera distribuée à l'antenne.

DOSSIER N° 3 — LE VIOLON FOU N'A JAMAIS EXISTÉ

Un artiste annonce un « violon fou ».

Nous écoutons.

Pas de violon.

Nous réécoutons.

Toujours pas de violon.

En revanche, un synthétiseur semble imiter quelque chose qui aurait pu, dans une autre vie, croiser un violon dans un couloir.

J'ouvre une enquête pour usurpation d'identité instrumentale.

Le synthétiseur est placé en garde à vue.

Il refuse de communiquer autrement qu'en MIDI.

Un expert en lutherie est convoqué. Il ausculte l'appareil, retire ses lunettes et annonce :

« Madame, cet instrument n'a pas de cordes. »

Le Bureau accuse le choc.

Une battue est organisée dans les banques de sons.

On retrouve trois hautbois, un accordéon dépressif et un violoncelle fiscalement domicilié au Luxembourg.

Mais toujours aucun violon.

Un témoin affirme avoir entendu un archet.

Après vérification, il s'agissait d'une fermeture Éclair.

Le synthétiseur finit par avouer qu'il n'a jamais rencontré de violon de sa vie.

Il avait simplement téléchargé une application.

Décision : ACCEPTÉ. Le Bureau estime que l'absence d'instrument ne constitue pas un obstacle à la programmation. Le synthétiseur reste néanmoins sous contrôle judiciaire, avec interdiction d'approcher un conservatoire.

BILAN DE L'EXPÉDITION

Cette semaine, le Bureau des Soumissions déplore :

  • Un voyage temporel non déclaré à FR3 Limoges.

  • Une crise diplomatique provoquée par une pâte brisée.

  • Un violon porté disparu avant même sa naissance.

  • Un synthétiseur en détention provisoire.

Bilan des sélections : deux morceaux acceptés, un refusé.

La direction estime que la semaine a été productive.

J'ai demandé un congé.

On m'a répondu que MacGyver avait retrouvé le violon.

Dans la quiche.

Hermione Casal-Kiss
Inspectrice principale du Bureau des Soumissions
Service des catastrophes musicales non indemnisables

dimanche 11 octobre 2026

Épisode 3 —La secte de 1983, le loup à l’agonie et la rave des métallurgistes


La semaine avait commencé normalement.

Enfin, selon les critères du Bureau des Soumissions, où une journée normale consiste à traverser six pays, trois décennies musicales et plusieurs crises existentielles avant le déjeuner.

Dès lundi, les artistes défilaient. Certains avaient fabriqué des instruments pendant quinze ans. D'autres avaient créé des chanteurs en quinze secondes.

Le samedi, dix nouveaux dossiers m'attendaient.

À midi, ils étaient onze. De plus.

Le dimanche, quatre autres étaient apparus.

J'ai demandé l'ouverture d'une enquête. Étant seule au Bureau, je me suis répondu que nous verrions ça lundi.

Le loup à l'agonie

Cette semaine, j'ai découvert que l'intelligence artificielle avait probablement créé un seul chanteur pour toute l'industrie musicale.

Il fait du rock, de la pop, de la techno, du metal et parfois du country.

Il possède une voix légèrement éraillée et souffre énormément.

L'amour lui a fait du mal. La vie aussi. Le moindre refrain semble lui rappeler simultanément la mort de son chien, la perte de son emploi et l'effondrement de l'Empire romain.

Il commence généralement en murmurant, puis se met à hurler comme un loup coincé dans une bétonnière.

J'ai demandé l'intervention d'un vétérinaire.

On m'a envoyé trois nouveaux morceaux.

J'envisage désormais de créer une association de protection des espèces artificielles.

Même s'il n'existe pas, ce pauvre animal est exploité sur tous les continents.

La secte suédoise

Au cours de mes investigations, un groupe suédois m'a proposé un hommage aux vingt-huit jeux d'une console sortie en 1982.

Leurs instruments datent d'une époque où les ordinateurs avaient la taille d'un lave-vaisselle et où les boîtes à rythmes semblaient fabriquées par des ingénieurs soviétiques avec des pièces de grille-pain.

Le groupe revendique fièrement une boîte à rythmes médiocre.

J'ai immédiatement éprouvé une profonde sympathie.

Leur ambition : faire danser le monde comme si 1983 n'avait jamais pris fin.

Or, je suis née en 1983.

J'ai compris que je n'écoutais pas simplement un morceau.

J'étais convoquée.

Dans un sous-sol suédois éclairé par des néons verts, vingt-huit adeptes se tenaient en cercle autour d'une console.

Le Grand Maître brandissait une disquette.

— En quelle année sommes-nous ?

— 1983 !

— Quelle technologie utilisons-nous ?

— Celle qui fonctionne encore !

— Et si elle ne fonctionne plus ?

— NOUS CHANGEONS LE CONDENSATEUR !

J'ai prêté serment.

Je ne sais pas exactement à quoi je me suis engagée, mais je suis désormais membre de la secte.

La rave des métallurgistes

Le dimanche, alors que j'avais déjà traversé suffisamment d'univers musicaux pour demander un passeport diplomatique, un compositeur italien m'a envoyé un morceau mêlant techno des années 90, chant metal et hip-hop.

BOUM. TCHAK. BOUM. TCHAK.

Un homme hurlait.

Puis quelqu'un rappait.

Puis l'homme recommençait à hurler.

J'ai reconnu le loup numérique du début de semaine.

Il avait manifestement traversé les Alpes pour rejoindre une meute de métallurgistes italiens. 

J'ai immédiatement alerté les services vétérinaires. 

La musique continuait.

J'imaginais une discothèque clandestine dans une ancienne usine de tracteurs, où des métallurgistes organisaient une rave pendant qu'un rappeur négociait la réouverture de la cantine.

Le plus surprenant, c'est que l'ensemble fonctionnait plutôt bien.

Seulement, je ne voyais pas à quel public proposer cette débauche d'énergie.

Même mes auditeurs les plus aventureux ont des familles.

J'ai donc décliné l'invitation à la rave, tout en reconnaissant aux organisateurs un certain talent pour la coordination des catastrophes.

Bilan de l'expédition

Une semaine entière de soumissions musicales.

Un loup numérique en détresse.

Une secte suédoise dont je suis désormais membre.

Une rave italienne dans une usine metallurgique.

Et quinze nouveaux dossiers rien que pendant le week-end.

J'ai fermé le Bureau des Soumissions.

J'ai éteint l'ordinateur.

Le silence est revenu.

Puis mon téléphone a vibré.

Nouvelle soumission : une chanson sur le lâcher-prise.

Je n'ai pas ouvert le dossier.

Il faut savoir reconnaître une provocation.

Hermione Casal-Kiss
Correspondante permanente du Bureau des Soumissions, section des phénomènes acoustiques inexpliqués.

lundi 5 octobre 2026

Episode 2 : Un chat, un tracteur et la guerre de Sécession



Cette semaine, j’ai découvert que la musique indépendante constituait un moyen de transport extrêmement peu réglementé.

Tout a commencé avec un chat australien vivant en Allemagne.

Enfin, avec un groupe portant le nom d’un chat australien vivant en Allemagne, ce qui est déjà beaucoup d’informations pour quelqu’un qui vient d’allumer son ordinateur.

Le chat avait disparu pendant vingt ans avant de revenir avec une passion préoccupante pour les instruments électriques et les prises de courant.

Je n’ai pas très bien compris ce qu’il avait fait pendant ces vingt années. Une formation d’électricien, peut-être. Une cavale. Le morceau ne le précisait pas.

En revanche, le rock était excellent.

J’ai donc validé le chat en espérant que les normes électriques allemandes soient à la hauteur.

Quelques jours plus tard, la France m’a envoyée directement en 1863.

À l’origine, c’était pourtant simple : une reprise de Tainted Love.

Puis quelqu’un a sorti un banjo.

Trois accords plus tard, j’avais quitté les années 80, Soft Cell et le Royaume-Uni. J’étais en pleine guerre de Sécession avec une chanson synth-pop, deux chanteurs et probablement un cheval attaché quelque part hors champ.

Le plus inquiétant, c’est que ça marchait.

J’ai donc trouvé une radio prête à accueillir cette improbable incursion de Soft Cell dans la guerre de Sécession, et j’ai quitté les lieux avant que quelqu’un ne sorte un deuxième banjo.

Je pensais avoir vécu le principal incident géopolitique de la semaine.

Puis un Américain m’a raconté son rêve.

Il était roi d’un royaume dans lequel il se comportait en tyran. Pour le réveiller, ses sujets devaient réussir à lui faire voir ses propres yeux.

Une fois ses yeux aperçus, le roi se réveillait.

Et son royaume était détruit.

J’ai relu le résumé plusieurs fois avant d’accepter cette information comme faisant désormais partie de ma journée professionnelle.

J’ignore pourquoi les yeux du roi détruisent le royaume. J’ignore également comment on fait voir ses propres yeux à un tyran endormi. J’imagine qu’un miroir intervient à un moment donné, mais personne ne m’a fourni le protocole.

Le morceau était bon.

J’ai validé.

Je précise donc qu’à ce stade de ma carrière, je suis capable de refuser une chanson d’amour mais d’accepter sans difficulté un souverain dont les globes oculaires présentent un risque pour la sécurité nationale.

Et puis l’intelligence artificielle a découvert l’agriculture française.

La chanson a commencé à l’accordéon.

Il a ensuite été question de pain, de vin, de terre et de paniers qu’il fallait remplir sans oublier ceux qui avaient planté ce qu’on mettait dedans.

J’attendais le tracteur.

Le tracteur est arrivé.

J’ai crié « Bingo agricole » dans mon salon.

Personne n’a gagné de jambon.

J’aurais pu croire à un accident isolé, mais peu après, une autre chanson générée avec l’aide de l’IA m’a annoncé que « toi et moi, c’est le feeling country ».

Cette fois, j’ai immédiatement vu la salle des fêtes.

La sono municipale. Les bottes de paille. La buvette. Une chanteuse pop des années 90 inexplicablement engagée pour la soirée. Le conseiller municipal chargé de l’animation qui cherche une rallonge parce que la friteuse et les enceintes sont branchées sur la même prise.

J’ai soudain pensé au chat australien.

Lui aurait su quoi faire.

J’ai alors compris que tout était lié.

Bilan de l’expédition

Un chat électricien, la guerre de Sécession, un roi qu’il vaut mieux ne pas regarder dans les yeux et une intelligence artificielle désormais titulaire d’un CAP agricole.

Je ne sais pas exactement ce que je fais dans la vie.

Mais cette semaine, j’ai refusé un tracteur.

Professionnellement.

samedi 26 septembre 2026

Épisode 1 : Une baleine, le fisc et Jean-Michel Jarre

 


Il est 9 heures. J'ai huit morceaux à écouter, du café et encore quelques illusions sur l'humanité.

Premier départ : l'Allemagne.

Un producteur m'invite à embarquer pour une croisière disco-funk dans les années 70. J'accepte immédiatement. Les cuivres sont magnifiques, les chœurs impeccables, le groove irrésistible. J'ai mentalement enfilé mes pattes d'éléphant et commandé un deuxième cocktail.

C'est alors qu'une baleine attaque le bateau.

Je n'invente rien.

Le morceau raconte les aventures d'un capitaine qui affronte successivement les tempêtes, une mer déchaînée et un cétacé manifestement hostile à la musique disco.

Notre homme ne recule devant rien. Personnellement, j'aurais appelé les garde-côtes, mais lui préfère répéter « Captain, Captain » avec ses choristes.

J'apprends ensuite que l'intelligence artificielle a participé à l'opération, sans savoir exactement comment.

J'ignore donc si la baleine est réelle, si les cuivres existent et si le capitaine possède son permis bateau.

Mais ça groove.

Je valide.

Escale suivante : le Canada.

À peine débarquée, je tombe sur une femme extrêmement remontée contre les services fiscaux.

Elle a réuni des guitaristes, une section de cuivres et suffisamment d'énergie vocale pour déclencher une avalanche dans les Rocheuses.

Elle chante les impôts.

Pas l'amour, pas la mort, pas la solitude.

Les impôts.

Je découvre ainsi qu'il existe des gens capables de transformer leur déclaration de revenus en rock sudiste.

La chanteuse est excellente. Le morceau est parfaitement exécuté. Je l'ai néanmoins entendu approximativement 146 fois au cours de mon existence, sous des formes légèrement différentes.

Mais ce n'est pas parce que je n'ai aucune envie de remplir ma déclaration fiscale en tapant du pied que je dois empêcher les autres de le faire.

Je décide donc de lui trouver une terre d'accueil musicale. Quelque part, des auditeurs apprécieront certainement de découvrir qu'on peut protester contre le fisc avec une section de cuivres. 

Je reprends mon voyage.

France. Une rupture sentimentale.

Une jeune chanteuse m'explique qu'elle écrit des chansons pour dire à son ex que c'est un con.

Enfin !

Une démarche artistique dont je comprends immédiatement les enjeux.

Pas de métaphore sur les feuilles mortes. Pas de comparaison entre son cœur et un oiseau blessé. Pas de piano dégoulinant sur les vestiges d'une histoire d'amour.

Non.

Monsieur est un con.

Madame a acheté un micro.

Je valide.

Quelques kilomètres plus loin, à Bordeaux.

Un homme commence à slamer.

Je ne suis pas convaincue.

Lui non plus, apparemment, puisqu'au deuxième couplet, il abandonne le slam pour se mettre à chanter.

C'est immédiatement mieux.

J'assiste donc à une reconversion professionnelle en direct, au beau milieu d'un morceau de trois minutes.

L'ensemble prend progressivement des allures de comédie musicale. Je m'attends à voir surgir une troupe de danseurs derrière mon écran.

Mais ça fonctionne suffisamment pour que je lui trouve une radio.

Comme quoi, on peut commencer Grand Corps Malade et terminer Broadway sans quitter la Gironde.

Dernière escale : retour en Allemagne.

Je suis fatiguée.

Un artiste me propose une expérience électronique atmosphérique et contemplative.

Parfait. Un peu de repos.

Le morceau commence doucement. Très doucement.

J'attends.

Les synthétiseurs installent une atmosphère mystérieuse. Je flotte dans un espace indéterminé, quelque part entre une salle d'attente intergalactique et un centre de thalassothérapie sur Neptune.

Soudain, au bout d'une minute, un clavecin surgit.

Enfin, quelque chose qui ressemble à un clavecin.

Mais électronique.

J'imagine immédiatement Jean-Michel Jarre en perruque poudrée, interprétant Bach à bord de la Station spatiale internationale.

L'expérience dure quelques instants, puis le morceau redescend vers une autre dimension atmosphérique.

Jean-Michel a manifestement terminé son récital.

Je refuse poliment.

Bilan de l'expédition

Huit morceaux. Plusieurs pays. Une baleine probablement synthétique. Une révolte fiscale. Un règlement de comptes amoureux. Une reconversion de slammeur et un clavecin en orbite.

Pertes humaines : aucune.

Pertes auditives : en cours d'évaluation.

Relations diplomatiques : maintenues.

Demain, je recommence.

Il paraît qu'un Canadien souhaite me soumettre une ballade romantique avec du piano et des violons.

J'envisage de demander l'asile politique.



PRÉLUDE — J'AI PERDU LE CONTRÔLE DE LA SITUATION




Il fut un temps où j'écoutais des albums pour ensuite raconter ce que j'en pensais.

C'était une activité relativement paisible. J'achetais un disque, je l'écoutais, j'écrivais quelques lignes et je retournais vaquer à mes occupations.

Aujourd'hui, ce sont les artistes qui viennent directement me trouver.

Je ne sais pas exactement à quel moment j'ai commis cette erreur.

Toujours est-il que je reçois désormais des propositions musicales des quatre coins du monde. Chaque matin, j'ouvre mon ordinateur et je découvre qu'un Américain, deux Allemands, une Italienne et un individu dont je ne parviens pas à identifier la nationalité souhaitent entrer en contact avec mes tympans.

Je n'ai pourtant signé aucun traité international.

Les artistes m'envoient leurs chansons accompagnées de biographies qui constituent parfois, à elles seules, une expérience littéraire.

Certains ont traversé des épreuves terribles. D'autres ont découvert leur vocation à quatre ans, lorsqu'ils ont frappé sur une casserole avec une cuillère en bois. Quelques-uns annoncent vouloir révolutionner l'industrie musicale.

Puis j'écoute.

Et là, tout peut arriver.

Je peux me retrouver au milieu d'une crise existentielle norvégienne, être transportée dans un désert américain ou assister à une expérience électronique dont le concepteur semble avoir oublié de prévenir les autorités sanitaires.

Parfois, c'est magnifique.

Parfois, je me demande si le morceau n'a pas été composé pour obtenir des aveux lors d'un interrogatoire.

Après mûre réflexion, j'ai décidé qu'il serait irresponsable de garder toutes ces expériences pour moi.

Non seulement elles présentent un intérêt certain pour les générations futures, mais elles pourraient également constituer des éléments de preuve si je venais à disparaître dans des circonstances suspectes.

J'ouvre donc officiellement mes carnets de voyage.

Chaque semaine, je vous raconterai mes expéditions à travers la planète musicale, les rencontres improbables et les événements qui nécessiteraient normalement l'intervention d'un ambassadeur.

En cas d'incident majeur, prévenez le Quai d'Orsay.

Hermione Casal-Kiss